Laissez-moi vous dire un Truc !
Commanderde Yves AUBRY
" - Toi aussi, tu es juif ! elle a lâché avec l’air satisfait de l’homme fait démon :
qui venait de lâcher la bombe atomique sur Hiroshima.
Alors celle-là, c’était la meilleure de l’année. C’était la cerise qui met le feu au vase. Une embrouille comme celle-là, elle ne me l’avait encore jamais faite !
- Ah oui ? Et depuis quand, j’ai dit crânement, mais pas tranquille.
- Depuis toujours. Parce que ta grand-mère, ma mère, elle était juive et qu’elle est morte en camp de concentration. Donc toi aussi, tu es juif. T’es qu’un petit merdeux de youpin, comme diraient tes petits copains !… (extrait p.153) "
Laissez-moi vous dire un truc ! , c’est le cri cru, drôle et désabusé d’un gamin qui raconte avec une férocité jubilatoire son enfance en banlieue parisienne, entre une mère foldingue, un père largué, des copains bêtes et méchants au sein d’une France en pleine ébullition.
Nous sommes à la veille de Mai 68, dans une France engoncée dans ses convenances, ses silences de guerres décoloniales, ses tabous religieux et ses blagues grasses. À travers les yeux d’un gamin de dix ans, c’est tout un monde qui vacille : celui du modernisme, des dimanches en famille devant la télé en noir et blanc, des blagues antisémites dites sans y penser, des tartes aux épinards et des baffes qui se perdent.
Porté par une langue truculente, libre, provocatrice, ce récit auto-fictionnel mêle humour noir, colère rentrée, mémoire blessée et nostalgie rageuse. Il n’épargne rien ni personne — surtout pas l’auteur lui-même. Il dresse, sous les dehors d’une chronique mordante, un réquisitoire en règle contre les violences ordinaires, l’ignorance et l’héritage familial.
Un texte fort, acide et émouvant, où le rire se coince dans la gorge.
Et puis, il y a surtout le choc dévastateur : le jeune Rase-Bitume apprend sa judéité de la bouche même de sa mère qui l’a fait baptiser catholique et envoyé au catéchisme (!) Cet épisode particulièrement poignant nous renvoie à la France de Vichy, à ses douloureuses séquelles et au silence des victimes.
Et ce dernier aspect fait l’objet d’une analyse percutante du psychiatre Georges Yoram Federmann dont le prologue démarre l’ouvrage.
Lui aussi à des trucs à nous dire !
L'auteur
Yves Aubry est né à la fin des années 50 en banlieue parisienne. Il vit et travaille à Calais depuis 1986. Jeune, il se consacre à la peinture, dans un style proche du pop art et de la BD.
À partir des années 90 il met en place des textes sur ses toiles : il peint d’abord sur le recto, puis le verso et jusque sur le cadre. Le recto est la toile, le verso une suite d’émotions brutes. Les mots finissent par prendre la place de l’image, de l’expression picturale.
En 2004, suite à une hospitalisation, il délaisse son matériel de peinture et décide de se consacrer à l’écriture. Le but n’a paschangé : débusquer ce qui se cache derrière les apparences.
Après un premier récit, Tu parles, Charles ! (éd. Scribest, 2022), Yves Aubry alias "Rase-Bitume" remonte le temps : il a dix ans aux prunes et vit mal les relations avec le monde des adultes : nous sommes en 1968, grand moment de bouleversements de la société française. Et c’est l’année où une onde de choc lui fait decouvrir sa judéité, de la bouche même d’une mère qui a porté l’étoile jaune dans sa petite enfance…
Raconté avec la gouaille argotique iconoclaste de l’époque et du milieu familial, ce récit – sous des dehors frivoles et foutraques – met en lumière ce que masque le silence pesant des secrets de famille et de ses non-dits.

Format 13,5 x 19 cm • 208 pages
Couverture quadrichome avec rabats de 7 cm
Finition pelliculage brillant
ISBN 979-10-92758-30-6
Collection Les Contemporains • Série Nouvelles et romans
1re édition : septembre 2025
PVP TTC : 17,00 euros
